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La vie urbaine–Abidjan–Part 3

Dans les maquis

« Un maquis est un espace plus ou moins bien aménagé, ou l’on sert essentiellement de l’alcool de tout genre. Les sièges sont le plus souvent des chaises en caoutchouc et les tables de simples tables en bois.

Un maquis peut avoir ou non un DJ, être fait de planches de bois ou de briques, en clair la position et le cadre importe en général très peu.  »

Marquis Poro, San Pedro, Cote d'Ivoire.

 

Bon le cadre étant décrit (en complément de l’image) on pourrait se demander pourquoi ai-je choisi de parler d’un établissement qui n’a que pour seul but de vendre le maximum d’éthanol et de rendre le plus de personnes accro (n’en déplaise à tous les gérants de maquis, c’est bel et bien la vérité ) ? La réponse est très simple : les maquis sont tout simplement un élément identitaire de la vie urbaine ivoirienne, rien que ça. Par contre ce récit risquant de devenir rapidement ennuyeux, je vais vous relater quelques-uns des faits qui me font le plus marrer.

  • Mais qui sont donc tous ces alcooliques ?

Très belle question (intelligente en plus )! En lisant la description d’un maquis on pourrais se dire que ce sont des établissements mal famés pleins de délinquants (auquel cas vous avez déjà commencé à vous poser des questions sur moi Rire), mais en fait ce n’est absolument pas (ou plus ) le cas. On rencontre un peu tout le monde dans les maquis : professeurs, étudiants , ingénieurs (sisi je vous assure) , chômeurs ( Bah ouais pourquoi pas), brouteurs (évidement) , femmes (égalité des genres oblige) et mineurs (ca peut choquer mais bon, tant qu’ils ont de quoi payer …) etc.

Bon on est d’accord ils ne sont pas tous alcooliques, du moins ils ne sont pas récidivistes .

  • On y vend quoi ?

Pratiquement toute sorte de boissons, de la bière au soda. Bon ça c’est dans la théorie, mais dans la pratique la plupart des gens y vont pour boire de la bière : des blondes, des brunes (des blacks ? …), du Vin (évidemment pas de grand crus) et  ceux qui boivent du Coca ou du Fanta sont assez rares. Par contre on n’ y vend presque jamais de la liqueur (situation géo-économique oblige, je suppose) sauf dans de grand maquis qui se rapprochent des Night Club

  • Du coup c’est quoi la différence avec une boite de nuit ?

Déjà on a le mot “nuit” (les experts me diront que les boites de nuits organisent aussi des matinées mais enfin bon …). Les maquis sont ouverts généralement entre 14h et 04h du matin et comme indiqué plus haut, prennent place dans pratiquement toute sorte d’endroits. Certaines personnes à …(Bon je ne vais pas citer cette fameuse commune, mais les habitants se reconnaitront) transforment une partie de leur maison en maquis, à tel point que vous pouvez en pleine séance de gnole apercevoir un jeune homme serviette à la taille allant prendre une douche …

La cible  des maquis est aussi diverse que possible. On peut y venir pour un court instant le temps de boire une “Grosse Bière”. Je disais plus haut que les maquis n’offrent généralement pas de liqueur, en grande partie parce que ces boissons sont trop chères pour le commun des maquisards. La grande particularité d’un maquis est surtout le fait que c’est un établissement de proximité, en effet on y rencontre toujours les même personnes du quartier (je dirais même plus, les même personnes !). Dans les grands maquis qui accueillent des saoulards de tous horizons, on a souvent un DJ qui fait des atalaku. Les atalakus sont des éloges à l’endroit de certaines personnes principalement dans le but de stimuler le travaillement (c-a-d jeter des billets de banque sur le DJ) de la part du spoté (celui qui reçoit les éloges), ces atalaku sont presque toujours sensé être en Lingala (langue de RD Congo) mais pour vous dire vrai … moi j’ai souvent l’impression d’entendre des gens envoutés par un esprit malin venant da la Papouasie Nouvelle Guinée …

Pour terminer cette comparaison, les maquis n’ont généralement pas de piste de dance, pas de miroir. Pour danser c’est très simple : vous pousser votre chaise et esquissez des pas de danse “localement” (Bon on est d’accord que ce n’est pas pratique pour faire du Gangnam Style) et plus la magie de l’éthanol agira sur les maquisards et plus le maquis tout entier se transformera en gigantesque piste de danse … à partir de là, “le show est show”. Ah j’oubliais, dans les maquis il n’y a pas de climatisation … vous imaginez donc aisément l’ambiance avec une bonne cinquantaine de personnes entrain de danser, l’odeur de l’alcool, les différents parfums corporels, la sueur des hommes virils (et des femmes aussi quand même … il y en a de virilEs ) et finalement la moitié des hommes se mettent torse nu (si les filles pouvaient aussi le faire, le bonheur ne serait qu’a son summum … mais c’est une autre histoire).

  • Alors t’es plutôt maquis ou Boite

Question piège Rire ! Personnellement je trouve que les gens qui vont en boite de nuit y vont pour faire le malin, du coup il est un peu difficile de voir des gens se défouler. Chose qui, dans les maquis est toujours présente (en général vers 02h du mat, c’est le zénith de l’explosion de joie); les gens boivent un peu plus (normal c’est moins cher), se lâchent beaucoup plus (normal quand on boit beaucoup) et à un moment n’en n’ont plus rien a foutre de leur style (littéralement hein).

LE signe distinctif des maquis sans aucun doute “la scène de crime”. C’est le nom que j’ai donné à une habitude des maquisards, ils ne veulent pas qu’on débarrasse la table quand le contenu des bouteilles est terminé. Du coup on se retrouve avec une vingtaine de bouteille vides sur la table qui représentent le tableau de chasse des occupants de la table, avertissement à tout nouvel arrivant dans le maquis “Ici c’est nous on gère !!”

 

Alors n’étant pas un grand habitué de ces établissements (je ne suis qu’un bon observateur, croyez moi), je suppose que VOUS avez des remarques d’experts, n’hésitez pas.

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La vie urbaine urbaine – Abidjan – Part2

La philosophie du bus

Si vous n’avez jamais pris le BUS à Abidjan, je tiens a vous préciser que “le Bus” ne désigne pas que le moyen de transport en commun, mais toute la philosophie de vie qui l’entoure. Alors aujourd’hui je vais vous énoncer certains de ces concepts.

– Le bus n’est jamais plein : c’est sans doute la plus célèbre des citations autour du bus. Entendez par la que tant que la porte du Bus ne s’est pas refermée, on peut toujours y faire entrer des gens (et souvent on y entre par tous les moyens possibles). Si cela vous scandalise, c’est que vous n’avez jamais vu un Bus à Abidjan, mais voici une petite image pour vous donner un aperçu du genre de choses dont je parle.

– C’est le bus ohhhh : ah celle la c’est ma préférée, comme je vous ai di précédemment les bus sont souvent plein a craquer, imaginer donc cet engin au bord de l’implosion, lancé a toute vitesse, prendre un virage serré … on a franchement l’impression d’être poussé par une force extérieure et mystique, et ceux qui se retrouvent du mauvais coté se font presque écraser (mais en général ils sont assez forts pour rester en vie Rire ) par les autres qui se laissent aller sans retenue aucune (si ça ce n’est pas de la sorcellerie moderne …). Et souvent quand vous entendez du fond du bus “pardonnez les gars ne m’écrasez pas “, il y a toujours une réponse immédiate “ c’est pas nous ohhhhh, c’est le bus “. C’est encore plus drôle (ou affligeant, c’est selon…) quand tout le monde répond en cœur.

– Chauffeur il s’amuse : Ca franchement c’est le summum de la sorcellerie urbano-ivoirienne. Pour que vous compreniez bien, sachez que nos bus n’ont pas tous de bouton de demande d’arrêt qui sont fonctionnels, et avec toute la “population” présente dans le bus, le seul moyen de prévenir le conducteur du bus que l’on descend est de crier très fort ‘”chauffeur ça descend” [par contre je n’ai toujours pas compris pourquoi certains crient “ça descend” au lieu de dire “je descends” ou “on descend”, c’est vrai qu’on peut être descendant du singe, mais de là à se considérer comme une chose … enfin bon, les gouts et les couleurs … ].

Alors très souvent (surtout si c’est un bus plein de lycéens), les autres dans le bus crient encore plus fort “Chauffeur il s’amuse, c’est mon ami, c’est comme ça il est”. Et en règle (très) générale, le chauffeur préfère “virer” l’arrêt. Et le malheureux est donc obligé de descendre plus loin (beaucoup plus loin même certaines fois).

– Le barré : je ne sais pas si ca existe partout, mais chez nous il y a un type de ligne de bus qu’on appelle le barré (parce qu’en fait, la pancarte indiquant le numéro du bus est barrée d’un trait) et sa spécificité est qu’il n’a pas d’arrêt intermédiaire. Il démarre à un arrêt et s’arrête à la destination finale. jusque la rien de spécial, mais là où ca devient intéressant c’est quand on ne sait pas que c’est un barré … cela arrive pour trois raisons en général :

*  Soit on a vu le numéro mais pas le trait qui le barre (erreur de vision)

*  Soit la priorité était de luter pour avoir une place et donc on n’a pas fait attention, on ne s’en rendra compte que quand le bus dépassera votre arrêt pour vous laisser 10 kilomètres plus loin (erreur d’empressement)

* Soit sur la pancarte c’est bien écrit “ 11 “, mais qu’en réalité il s’agit d’un “11 barré”. Dans ce cas il s’agit du chauffeur qui par oubli (ou sorcellerie aussi …) n’a pas changé la pancarte (poisse intergalactique, parce que ce cas la est extrêmement rare).

– Les noms : comme vous pouviez vous y attendre venant d’un histoire ivoirienne, on a plein de pseudos pour le Bus (vous pouvez compléter en commentaires si vous en avez d’autres) :

  • le Gbamé, le Goumé, le Bas (prononcé en anglais ghanéen Rire) , la casserole (pour certains vieux bus), la baladur (bon la on m’a dit que c’était la marque de certains vieux bus, mais je n’ai pas vérifié)  … bon franchement j’ai oublié les autres (depuis le temps … Clignement d'œil ).

Il y a évidemment d’autres concepts, mais je me limiterai à ceux ci qui sont mes préférés. Me concernant j’ai pris régulièrement le bus pendant environs 2 ans et sur l’une des lignes les plus compliquées : Adjamé – Bingerville. C’est franchement une expérience unique en son genre.

Mon souvenir préféré restera le jour ou j’ai poursuivi le bus pendant 5 minutes pour y entrer de force avec deux autres amis (parce que le conducteur avait viré tous les arrêts ou attendaient les élèves de mon lycée de garçons). Le chauffeur nous avait demandé de descendre, on lui a dit “jamais, donc si tu es trop fâché faut arrêter ton bus et puis nous tous on restera à Bingerville ici “. Il n’a rien dit et a continuer a rouler jusqu’a son arrêt qui était en fait …  Le lycée de filles de Bingerville ! Imaginer 3 mecs dans un bus plein, un bus de filless, pendant 45 minutes …

La vie urbaine – Abidjan – Part 1

Dans le gbaka
Un Gbaka

Le Gbaka national

A Abidjan les gbaka sont des moyens de transport en commun, ce sont des mini cars (principalement de marque Toyota) dépouillés de tout confort et de fraicheur originel.

Maintenant qu’on est tous au même niveau d’information, j’aimerais attirer votre attention sur une pratique aussi curieuse que fréquente. En règle générale (dans tout ce qui est transport en commun) les gens ne se saluent presque jamais, qu’on soit vieux, adulte ou enfant, on s’assied juste et on prie son Dieu pour espérer arriver à destination (avec l’état de ces voitures et des conducteurs qui se croient dans un jeu vidéo, il y a de quoi…). Par contre il arrive certaines fois ou les salutations arrivent avec le sourire :

  • Quand on s’assied prêt d’une belle fille (ou d’un beau mec) : alors là on ne va pas vous forcer hein, on monte dans le gbaka le visage séré et on aperçoit un canon près de notre place ; changement de mine, voix la plus belle dévoilée : Bonjouuuur. Alors évidemment on évite le Madame ou Mademoiselle, pour ne pas gâcher ses chances sur une banale histoire de terme (eh oui, les femmes c’est très susceptible au sujet du statut matrimonial). Bon je vous épargne la suite du parcours (Beh ouais on n’est pas là pour ça :P).
  • Quand on vous aide à déplier le siège gênant dans l’allée : Bon pour ceux qui n’ont jamais vu l’intérieur d’un gbaka, il y a des petits sièges dépliables dans l’allée qui sont en général tordu et donc difficile à déplier pour s’asseoir. Et dans ce cas-ci, on dit bonjour à celui qui viens de vous aider (par pure politesse et intelligence, bien que ce ne soit pas des valeurs partagées par la plupart des gens …). Mais certains n’en n’ont rien à faire de votre gentillesse et s’asseyent gaillardement sans même un petit merci.
  • Quand vous aidez une belle fille (ou un mec, mais là c’est plus rare, allez savoir pourquoi …) : bon c’est le même principe que le point précèdent, sauf que là c’est vous dans le rôle du sauveur. Et le plus marrant dans ce cas, c’est qu’en général c’est vous qui dites le bonjour en premier, vous êtes même prêts à anticiper le merci par un « c’est rien » (on fonce dans l’exagération là :D).
  • Quand vous êtes programmés pour le faire : comme moi :D, dès que je monte dans un gbaka (ou tout autre transport), je lance machinalement un Bonjour. En général les gens qui font ça, se frustrent toujours quand on ne leur répond pas. Moi je m’en fous complètement, de toute façon le Bon-Jour est rarement sincère alors ils peuvent se le garder.

Ceci est la première partie d’une série d’articles sur la vie Urbaine à Abidjan, j’espère en pas être trop occupé pour écrire souvent J Bien le bonsoir.

La vie autrement …

Je viens de passer près d’une semaine sans ordinateur et un peu plus sans internet. Ce n’est pas tant la durée qui était le problème (je fais plus de jours sans quand je vais au camp scout), mais le fait que cela n’était pas prémédité. Il s’agissait de malheureux concours de circonstances, je n’étais donc pas préparé mentalement et spirituellement à un tel jeun technologique.

Mais je ne vais pas vous le cacher, ces jours m’ont permis de découvrir des choses extraordinaires que je vais tenter de vous relater maintenant.

  • Je sais dormir : comprenez par-là, que contrairement à ce que je pensais je sais dormir comme tout le monde. C’est-à-dire me coucher à 22h paisiblement, me réveiller à 08-09h (euh oui, je n’ai pas eu cours cette semaine en fait), sortir doucement du lit pour me diriger vers la douche … .J’ai même battu mon record de sommeil : 20h30 – 10H, soit 13h de sommeil !
  • Au nom de l’honneur : il s’agit du titre d’une télé-Novelas (genre de feuilleton à l’eau de rose principalement sud-américain). Je sais que la plupart de ce qui me lisent n’en regardent surement pas, mais je vous assure que celui-là, il m’a plu. La grande particularité c’est que le feuilleton n’est pas d’origine sud-américaine ou indienne comme la plupart, mais plutôt des Emirats Arabes et de Roumanie. Et franchement ce feuilleton a vraiment un coté super comique, entre les disputes au sujet de l’héritage de l’émir et les soirées arrosées de la jetset Roumaine, il a de tout pour vous faire passer un bon moment.
  • MTV l’originale c’est de la merde : alors là je suis catégorique, mais c’est quoi cette chaine de musique qui passe son temps à nous sortir des émissions de téléréalité débiles ? Je vous assure que jusque-là, les seules émissions que j’avais vues sont Mon incroyable anniversaire, Ma maison de ouf et Made. Mais là j’en ai vu de toute sorte : Next, jersey Shore … . Ok je veux bien, mais quand on s’appelle « Music TéléVision », c’est de la musique qu’on attend, ou à la rigueur des gens du showbiz, mais pas des gens hormonés qui courent dans tous les sens à la recherche de leurs neurones. Heureusement qu’au moins « The Big Bang theory »  sauve la donne (bien que n’ayant aussi aucun rapport avec la musique).
  • Les jeunes de mon quartier n’ont pas changé : j’ai profité de ses jours pour essayer de me rapprocher un peu des autres jeunes de mon quartier, parce que depuis le collège je ne suis pas très amical avec eux principalement parce qu’ils n’avaient pas des préoccupations et des discussions très proches des miennes. Alors le constat est désolant, ils parlent toujours des même choses ; de leurs futures proies (les filles je veux dire), de la fortune d’Eto’o Fils, du beef entre Arafat DJ et  Debordeaux DJ, de leur rapport de force (physique) entre jeunes du quartier, des célèbres brouteurs … . La seule foi ou j’ai placé un mot, ils étaient en pleine discussion sur la signification de l’or noir et soudain on me demande « voilà toi tu fais ordinateur là (oui, oui, je travaille bien à HP), quand on fit or noir là c’est quoi ? C’est pas charbon ? » …

Alors j’espère franchement que ces groupes de jeunes ne sont pas majoritaires en Côte d’Ivoire.

  • Canal-Sat est une source de conflit : entre moi cherchant à regarder tous les matches de l’Euro de foot (et même ce qu’il y a avant) et ma sœur qui a ses programmes habituels (c’est aussi vrai que d’habitude je ne regarde pas très souvent la TV et je me contentais de suivre avec les autres), c’était un peu chaotique. Je me demande comment ça se passe avec ceux qui ont de nombreux frères et sœurs.
  • Les gens sont accros aux sms : bien que j’en envoyais déjà une quantité énorme, je me suis rendu compte que les gens te répondent toujours, à se demander s’ils n’ont pas cours ou s’ils ne travaillent pas. A tous moment de la journée tu peux envoyer un « salut » tu recevras toujours une réponse (et dans 80% des cas, instantanément), je comprends mieux comment un scout (un garçon) peut se tromper en envoyant « salut bébé comment tu vas » à son chef (aussi un homme).
  • Ma fenêtre et ma table sont sales : pour la fenêtre je m’en doutais, mais la table … sans l’ordi, tous périphériques et câbles je me suis rendu compte que la table avait des tons de marrons curieux. Mais il faut franchement avouer que se mettre à nettoyer la table (pas simplement essuyer, même si je ne fais ni l’un ni l’autre) ça peut paraitre un peu chelou. Du coup je les ai un peu (faut pas rêver non plus :p ), ce qui a valu qu’on me demande ce qui n’allait pas dans ma vie (en ivoirien ça donne « qu’est ce qui n’a pas marché ? »)

Ce fût fort marrant et bizarre toute cette semaine, mais comme le dit mon ami N’Shy, il y a des choses qui ne changent pas et heureusement parce que moi je préfère ne pas changer mon style de vie.

SEMPER FI

Tous des nuls

Hier nuit, en allant me coucher j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu une nouvelle pub sur le toit d’un immeuble ; c’était marqué « 3G+ ». Je n’arrivais pas bien à distinguer le nom de l’entreprise … (euh ouais je sais que c’est de la mauvaise foi, mais il ne faut pas faire de pub gratos, surtout que ça ne me gênerais pas qu’il m’embauche en échange…)

J’ai regardé fixement cette pub pendant environ 3 minutes et au lieu de retirer mon regard, j’ai changé de position pour mieux voir, à cause de la moustiquaire qui gênait un peu ma vue (oui oui, j’ai une moustiquaire à ma fenêtre, oui comme dans les documentaires de Arte qui montrent comment ne pas mourir du paludisme chaque minute …). Au bout de 10 minutes, j’ai retourné la tête et instinctivement j’ai placé mon regard en bas à gauche de mon écran d’ordinateur pour désespérément voir que l’icône était toujours au jaune (cette phrase n’est compréhensible que par les utilisateurs de Windows).

Cela fait presque 1 an 3 mois que je n’ai plus l’ADSL, que dis-je, je n’ai plus le TELEPHONE FIXE ! Oui mesdames et messieurs, en 2012, dans la capitale d’un pays qui joue la coupe du monde, 1 an sans internet.

Je vous sors le top 5 des réponses que j’ai reçu à chacune de mes visites à Côte d’Ivoire Télécom (de toute façon ils sont les seuls, du coup je peux dire leur nom) :

–          Bon c’est vrai que ça faut 6 mois monsieur, mais on a quand même eu 3 mois de guerre …

–          Beh figurez-vous que les petits voleurs de vos quartiers nous volent les câbles …

–          Bon il s’agit vraisemblablement d’un dérangement COLLECTIF, il va donc falloir être patient …

–          Notre central d’Adjamé Mosquée a été brulée par les miliciens (ah oui ? t’étais là Co***** ?) …

–          Donc certains dans le quartier ont toujours le téléphone ? même dans le bâtiment ? il va falloir qu’on aille vérifier s’ils ont des lignes légales ceux là …

Tout est déjà installé, tout ce qu’on vous demande, bande d’ivoiriens, c’est d’entretenir et de faire progresser le business qui vous nourrit, mais non, le plus important c’est de mettre sur Facebook « travaille à Côte d’Ivoire Télécom ».

Donc, nous sommes dans un pays ou on nous parle à longueur de journée de « l’opportunité du Cloud », « de potentiel de l’internet mobile », « de la marche déterminée du pays vers le numérique » mais on n’est pas capable de réparer une ligne téléphonique ? Ah oui, il faudrait dire la vérité au ministre des TIC (parce que je vous le rappelle, c’était encore lui le boss de CI télécom quand ma connexion partait, donc il est aussi sur ma liste noire), ce n’est pas avec des clés Wimax et 3G que l’université de Cocody va devenir la Stanford University. On ne va pas mettre des Datacenter dans un endroit ou internet c’est comme les très belles filles (tout le monde aime, en parle, en rêve, mais cours pas les rues), le sans-fil je suis désolé mais CE N’EST PAS l’avenir, qu’on arrête de tromper le peuple, ce n’est pas dans ces solutions alternatives, boiteuse et incompréhensibles qu’on va développer notre « potentiel numérique ».

Du coup dans ces 10 derniers mois on a tout vu comme produit internet sans fil quoi :

–          Du wimax avec promesse jusqu’à 2 Mo, accessible partout à Abidjan et environs, illimité à 40000 FCFA le mois, qui finalement c’est avéré être capé à 30 Go de données, après quoi tu retombe à du 256 Kbps, dans les nouveaux quartiers périphériques faut oublier …

–          Des Pocket-wifi (je me rappelle même plus du nom), ou d’après la pub, tu devais te promener avec une borne wifi sur toi …

–          Pendant que certains font la pub de leur 3G+, d’autres font des spots tout en couleur sur les avantages de l’offre BlackBerry avec l’EDGE …

Comment moi je me suis connecté tout ce temps ? Simple, à coup de Hot spot, de journées continues chez des amis, de vieux mobiles GPRS ressuscités pour servir de modem, de clé Wimax empruntées etc.

La conclusion est simple, nous les ivoiriens (j’aurais pu dire les africains, mais les seuls que je connaisse vraiment sont les ivoiriens), nous sommes des gros parleurs, nous aimons les séminaires, les colloques, les panels sur des thèmes aussi confus et kilométriques que les cimes des arbres de la forêt de Tai (désolé, c’est la ville d’actualité), mais quand il s’agit d’actes concrets, plus rien ! Si tu as toujours vécu ici en Côte d’Ivoire comme moi, nous sommes tous pareils.

[ton ivoirien] Moi j’ai fini de parler pour moi, celui qui n’est pas content il n’a qu’à commenter on va se battre en bas !! [/Ton ivoirien]

God save our mother country, Côte d’Ivoire !!